Un grand merci à Monsieur Antonio Vallet de Biure qui nous a offert les photos des deux canons.

canon de l'artillerie légère

éclat de boulets explosifs

Un éclat semblable à ceux ci a atteint Pierre à la tête alors qu'il battait la diane sur le champ de bataille

canon à boulets explosifs

C'est un canon semblable à celui-ci qui lança le boulet explosif dont un éclat tua Pierre Bayle

Tableau représentant la bataille du Boulou

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Descriptif du sentier pédestre de la bataille Du Boulou

Carte des sentiers

Allocution du Général Ménard, Président de la section des AET des PO, rappelant ce que fut la bataille du Boulou et la courte vie du Petit Tambour

Allocution transmise dans son intégralité.
Le Boulou, le 28 octobre 2005
 
  

Sculpture du Petit Tambour par Monsieur Gérard Vié

…………

Pierre BAYLE (1783-1794)

 

Nous sommes ici rassemblés pour rendre hommage à Pierre BAYLE, premier Enfant de Troupe mort pour la France. Petit tambour des Armées de la République, il est mort à l'âge de 11 ans, lors de la bataille du Boulou, le 1er novembre 1794, il y a 211 ans. Mais avant d'évoquer la courte existence de notre héros, un petit rappel historique.

 

Nous sommes en 1793. La Révolution, depuis 1789, puis l'exécution du Roi, en janvier 1793, ont ligué les monarchies européennes contre la République. L'ennemi est sur toutes les frontières. S'il a pu être repoussé dans le Nord et dans l'Est, ce n'est pas le cas des Pyrénées orientales.

Les armées de Charles IV d'Espagne, mettant à profit nos difficultés, sont entrées en Roussillon en avril. Face à une armée française largement désorganisée, elles se sont emparées rapidement du Boulou, de Céret, du fort de Bellegarde et de toute la plaine du Tech. Puis, prenant Thuir et Millas, elles atteignent la Têt en juillet. Le général Ricardos attaque alors Perpignan par le sud, mais il est repoussé par les troupes du Général Dagobert, soutenues par une artillerie efficace.

L'offensive reprend en septembre par le sud-est et par l'ouest de Perpignan. Les Espagnols s'emparent de Cabestany et de Rivesaltes, atteignant l'Agly. Le 17 septembre, c'est Le Vernet qui tombe à son tour. Perpignan est en grand danger et les officiels se replient vers Salses et Sigean.

C'est alors que la Division de l'Aude qui était au nord de l'Agly contre-attaque. L'ennemi est repoussé en quelques jours à hauteur de Ponteilla-Trouillas, mais l'armée française ne peut pousser son avantage.

Les deux armées pansent leurs blessures et prennent leurs quartiers d'hiver. En décembre, le commandement de l'Armée des Pyrénées orientales est confié au général Dugommier, vainqueur des Anglais à Toulon. Le général Augereau prend la tête de la Division de l'Aude.

Fin mars 1794 les Français prennent l'offensive. Le nouveau Commandant en chef espagnol, le général-comte De la Union ne peut s'opposer à l'impétuosité des Français. Ses troupes lâchent pied le long du Tech et doivent repasser la frontière. Les Français poursuivent dans la vallée de la Muga, détruisent l'armée de siège de Collioure et Port-Vendres et reprennent enfin le fort de Bellegarde le 17 septembre.

Les forces du général De la Union restent une menace et les combats se poursuivent jusqu'en novembre dans la région de la Jonquera et de Figueras. Le général Dugommier tombera au combat le 17 novembre et le général De la Union trois jours plus tard.

En reconnaissance du courage et de la fidélité de ses habitants tout au long de cette longue bataille qui a duré une année, la ville du Boulou fut citée à l'ordre de la Nation et son nom inscrit sur l'arc de Triomphe, à Paris.

Ce sont ces évènements dramatiques qu'a traversés notre petit tambour.

 

Pierre Bayle est né le 2 février 1783 à Toureilles, petit village au sud de Limoux, dans l'Aude. Il a dix ans lorsqu'en 1793, pour faire face au danger extrême où se trouve la patrie, est formé dans l'urgence le 8e bataillon de l'Aude. Toute sa famille est incorporée: son père Baptistin, sous-lieutenant d'infanterie, son frère de seize ans Guillaume, caporal-tambour, sa mère Marguerite, vivandière. Lui-même est inscrit sur les registres de l'unité comme "enfant dans la troupe" et sera élève tambour.

 

Dès avril 1793, la Division de l'Aude est regroupée dans la région de Salses et commence son instruction. En juillet, lorsque l'offensive espagnole atteint l'Agly et Le Vernet, elle participe à la contre-attaque dans la région de Rivesaltes qui repousse l'ennemi au sud de Perpignan. Le petit Pierre prend contact avec les horreurs du champ de bataille mais est fier d'accompagner les soldats victorieux.

Il continue à se perfectionner comme tambour et en fin d'année apprend comme tous  l'arrivée de nouveaux chefs prestigieux: les généraux Dugommier et Augereau.

En avril, à la reprise de l'offensive, il est tambour au PC de la Division. Avec le général Augereau, il suit l'attaque contre les Espagnols, remonte la vallée du Tech, descend la vallée de la Muga. Compte tenu de son faible poids, il partage souvent la selle d'une estafette de l'état-major. Le gamin traverse l'enfer de la guerre comme un éclair, avec l'entrain et l'inconscience de son âge. Il a pour toute arme son tambour.

Fin octobre, le général De la Union renforce ses positions défensives au nord de Figueras. Le général Augereau reçoit pour mission de percer à hauteur de Biure. Dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre, il infiltre ses bataillons et son artillerie volante. Pour couvrir le bruit du déplacement des canons en fin de nuit, il demande aux tambours de battre la diane sans discontinuer, ce qu'ils font à l'aube. Les Espagnols, croyant à une attaque dans cette direction, pointent leurs pièces et ouvrent le feu vers les tambours. Soudain un éclat d'obus frappe le petit Pierre au visage; il s'écroule sans vie.

Dans une lettre adressée le 10 novembre au Comité de Salut Public, le général Dugommier  rapporte de façon très élogieuse la conduite de Pierre Bayle, estimant qu'il a droit à la reconnaissance nationale. Il indique que la veille de sa mort, son général lui demandant s'il aurait assez de force pour battre, il répondit bravement: "Peut-on manquer de force quand on peut servir utilement son pays ?"

 

Merci à André Benabid dont le travail acharné a sauvé de l'oubli ce jeune héros, et à Gérard Vié dont le talent a donné cette représentation de Pierre Bayle.

 

C'était le premier enfant de troupe officiellement mort pour la France. Son courage et sa fidélité à sa patrie méritent d'être donnés en exemple. En lui rendant hommage, c'est à la mémoire de tous les enfants de troupe et anciens enfants de troupe tombés au service de la France que nous rendons hommage aujourd'hui.

 

                        LE BOULOU, le 28 octobre 2005.