Peinture de Sandrine Le Diraison

oeuvre de monsieur Vincent Perez

 Tourreilles, village natal de Pierre Bayle.

Description de Tourreilles et récit succinct retrouvés dans le petit journal " La beluga de limos" de 1979

"Tourreilles est une toute petite commune un peu de "bout du monde" où il "faut aller exprès". Mais quel enchantement ! dans ce minuscule cadre de silence au puissant caractère moyennageux, où rien n'est plat, pas même la place, vivent quelques familles de viticulteurs. Domaine exclusif du raisin de très haute qualité, cette commune se targue à juste titre d'être la seule dont la totalité du territoire jouit de la prestigieuse Appellation Controlée du plus vieux vin à  mousse naturelle du monde, La Blanquette de Limoux."

On y récolte aussi de fameux cépages de "vin de pays" des "hauts de l'Aude"

Dans les "carrierous" (ruelles très étroites) du fort de Tourreilles, les maisons sont munies de meurtrières. L'une, de pierre sèche et à porte basse est la maison natale de Pierre Bayle, cinquième enfant d'une très pauvre famille.

En 1793, la Patrie est en danger et le 7 mars, la guerre éclate avec l'Espagne. Le 1er avril à Limoux, 563 volontaires forment le 8ème bataillon de l'Aude. Parmi eux, Pierre Bayle alors âgé de 10 ans, son père, sa mère et son frère Guillaume âgé de 16 ans.

Après la rude bataille de Ceret et la terrible traversée hivernale des Pyrénées, c'est la longue et meurtrière bataille de La Muga où est engagé entre autres le bataillon limouxin. La Muga, c'est la mort du Général Dugommier et du Général Mirabel (nom inscrit au Panthéon)

C'est là, que le 1er novembre 1794, en vrai soldat malgré son âge (11 ans et 9 mois), alors "qu'il était de garde a un de nos avant-postes" (Signé Gl Dugommier) Pierre Bayle a trouvé une mort héroïque.

Oubli incroyable, la Culture Française ignore Pierre Bayle ! Tous les détails et les documents historiques sont publiés dans un livre de 34 pages :
"L'Enfant Héros oublié Pierre Bayle"

 

 

 

Le Petit Tambour - Premier enfant de troupe mort pour la France

Pierre Jacques Bailé (Bayle) né le 2 février 1783 à Tourreilles dans le languedoc est baptisé dans la petite église paroissiale par Guillaume Pages, recteur de la paroisse. Il grandit et joue dans les ruelles du Fort, il habite derrière l'église près de la maison du prêtre du village. Ses parents, Jean-Baptiste dit Grazel et Marguerite Touffine dite Mansou travaillent aux champs et dans les vignes. Les "Bayle" appartiennent à une ancienne famille de la communauté de Tourreilhes (ancienne orthographe).

Cette communauté dépend depuis la fin du 13ème siècle directement du Roi. 
En 1696, le roi a vendu la seigneurie à la famille Lombard de la Digne D'Aval. Un château a été construit dans le village à l'emplacement d'une ancienne tour. Le mauvais comportement "féodal" du dernier seigneur envers les habitants de Tourreilles lui a fait perdre sa seigneurie vers 1780 sur décision royale suite à un procès des habitants contre le Sieur Lombard.
La gestion fiscale et administrative est assurée par le Diocèse de Narbonne jusqu'à la Révolution de 1789.

Tourreilles n'est traversé par aucune "route" et seul un petit chemin relie le village à Limoux en passant par Magrie. Les liaisons avec les autres villages (Roquetaillade, Bouriège, Castelreng, La Digne D'Amont et La Digne D'Aval) se font par des sentiers très pentus.

A la Révolution, Tourreilles est sans doute partagé entre Royalistes et Républicains. Il y a 250 habitants et toutes les catégories sociales à part les nobles y sont représentées, Propriétaires, Artisans, Marchands, Cultivateurs, Brassiers, Domestiques, Pauvres et Orphelins. Les cultures sont principalement, les céréales, la vigne et les olives. On élève des moutons, des cochons, des poules, des canards, quelques vaches, aussi des chevaux  et des boeufs pour les travaux.

En 1792, le prêtre Guillaume Pages prête serment à la République.
"Je jure d'être fidèle à la Nation et de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir en la défendant" Cette phrase a peut-être marqué Pierre, un an avant de partir défendre son pays.

 

Son père et son frère Guillaume s'engagent et partent pour la campagne de Savoie. De retour en 1793 à Tourreilles, le père et le fils sont à nouveau confrontés à la moblisation puisque l'Espagne envahie le Roussillon. Tourreilles doit alors fournir 5 volontaires. Faure Capitaine dit Capsi ainsi que la famille Bayle presque au complet partent au combat, c'est alors que le petit Pierre Bayle les accompagne.
Ils prennent le chemin de Magrie le 1er avril 1793 en direction de Limoux. Sur l'esplanade (actuellement la Place François Mittérand ou la place du lycée) ils signent leur engagement au 8ème bataillon de la division de l'Aude sous les ordres du Commandant Jean Ribes.

Jean Baptiste comme Sous Lieutenant
Guillaume comme Caporal Tambour
Pierre comme apprenti Tambour
Marguerite comme vivandière

Pierre Bayle est immatriculé et soldé, il devient officellement Enfant de Troupe.
Le régiment constitué, ils se mettent en route, direction Couiza, puis Quillan. En chemin, Pierre s'entraîne avec le tambour de son frère. Arrivé au Fort de Salse, ils reçoivent leur "équipement" et commencent leur formation.

Il faut partir au combat. Pierre, vu son jeune âge, se déplace à pieds et parfois en croupe derrière un officier. Il s'aguerrit pendant les combats en frappant de toutes ses forces sur son tambour pour encourager ses camarades.

 

LES CHASSEURS DU 8ème BATAILLON DE LIMOUX

 

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Après un long périple émaillé de batailles, il est maintenant sur une colline face à Biure. En attaquant le mont Roig les Espagnols ont subi un revers. Leur Général le comte De La Union ordonne aux "fuyards" qui ont battu en retraite de harceler le camp français et les avant-postes la nuit. Après plusieurs attaques meurtrières le Général Augereau décide de mettre un terme aux échauffourées.
C'est dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre que le jeune Pierre, connaissant les avant-postes du 2ème bataillon, est convoqué pour exécuter la mission suivante:
Emmener les tambours en avant du 2ème bataillon.
Faire battre les tambours le plus fort possible de manière à couvrir le bruit du déplacement de l'artillerie légère.
Une embuscade est tendue le 1er novembre à l'aube, autour du Mont Roig. Lorsque le Capitaine Echeverria s'engage dans la gorge avec son détachement de 140 hommes, il est subitement pris à partie par 6 pièces d'artillerie tirant à volonté, dissimulées sous une petite butte. Il est cerné par 600 soldats français que le chef de bataillon Papin a cachés la veille. Les soldats espagnols retournent à leur camp après avoir subi des pertes.
Les Français n'ont que 6 blessés, mais notre Petit Tambour est tué par un éclat d'obus, il n'a que 11 ans.
Pierre Bayle est déclaré "mort pour la France" et cité à l'ordre de l'armée à titre posthume par le Général Dugommiuer le 10 novembre 1794.

Le Général Dugommier est tué le 17 novembre 1794 et les combats vont continuer jusqu'à la signature de la paix le 1er août 1795.
La famille Bayle est revenue de la guerre en laissant à Biure la dépouille de Pierre sans penser que 200 ans plus tard on parlerait autant de lui.
C'est au début du 20ème siècle (1911) qu'une statue représentant Pierre (bellé, Bayle ou bailé) est installée à Limoux pour l'inauguration de l'école supérieure devevue le lycée.

 

Dans les années 70, des recherches sont effectuées, une statue est érigée et inaugurée à Tourreilles. Oeuvre de monsieur Vincent Perez, artiste local que nous ne cesserons jamais de remercier.

Pierre Bayle devient le premier et le plus jeune enfant de troupe mort au combat

 

Ref:

L'enfant-Héros oublié Pierre Bayle (La beluga de Limos)
L'enfant-Héros oublié (par le Colonel André Benabib, Enfant de troupe 1942-1948)
Archives départementales de l'Aude
Pierre Bayle, le Petit Tambour (par Gérard Vié)
Les recherches d'Antonio Vallet Oliver de Biure.

Pierre Le Diraison, vice Président de l'association.

 

 

 

poème de Josette Lesueur relevé dans le livre du Colonel André Benabib auteur de "l'Enfant héros oublié"

Il était une fois... dans un petit village...
Ainsi pourrait s'ouvrir l'histoire d'aujourd'hui
Mais ce conte de fée où s'inscrit le courage
Nous rassemble en ce jour pour relever l'oubli

A tourreilles, dans l'Aude, au sein d'une famille,
Naquit il y a deux siècles un gentil garçonnet.
Baptistin, Marguerite, de leur foi qui fourmille
Transmettent au petit ce vibrant calumet.

La Révolution crée un temps difficile
Et du secteur Audois naissent des bataillons
Où père et fils ainé, patriotes et dociles,
Prennent leur place active en ces vaillants sillons.

Ce milieu familial forme le jeune Pierre.
Dès l'âge de 10 ans, fier, s'engage à son tour,
Semblable à ses parents, il s'offre volontaire,
Devient au mois d'avril un caporal Tambour.

La Mère tient aussi rôle de vivandière
Alimentant de vivres tous ces ardents soldats
Elle soigne, console et sa grandeur altière
Donne force à l'enfant pour braver les combats.

Près du Général Angereau, le Tambour veille
Dans cette Catalogne au coeur du Roussillon,
Sa foi d'Enfant de Troupe ardent et sans pareille
Attend l'ordre venu de faire diversion.

Le rapport Dugommier est des plus explicites,
En citant le Tambour, il précise l'action:
Il a battu dit-il, la diane sans suite
Pour etouffer la marche de notre bataillon.

Au cour de la manoeuvre, un tir de canonnade
Atteint mortellement le courageux Tambour,
Il s'écroule sans vie en terre Catalane.
Ce jeune Pierre Bayle, honoré en ce jour.

Ce courrier manuscrit soulève l'émotion,
Révèle du héros un réel témoignage
Premier ENFANT DE TROUPE, et cette évocation
Invite à lui porter un immortel hommage.

Dugommier dans sa lettre écrit l'évènement
Evoque le mérite de l'âme familiale,
Octroyant à ces membres pour ce vrai dévouement
Le DROIT A LA RECONNAISSANCE NATIONALE.

Notre monde actuel souffre d'indifférence
Il faut valoriser tout acte de grandeur,
Et ce jeune Tambour Pierre, mort pour la France
Doit soulever en nous un sentiment d'honneur.

A l'heure de l'Europe, oubliant nos rancunes,
Sur ce blason bleuté retrouvons nos élans
Que la mort d'un enfant et de toute infortune
Par delà les frontières nous rendent tolérants.

J'ajouterai pour tous l'espoir des lendemains
Donné par les nations en divers points du globe,
Espagnols et Français, Anglais et Italiens,
Agissant, fraternels, pour une belle Aube.

                               Josette Lesueur -Juin 1998-
                               CERET 66